dimanche 6 janvier 2019

L'ARABE DU FUTUR - Une jeunesse au Moyen-Orient (1978-1984)


Emi 3/5       Yig 5/5

L’Arabe du Futur - Une jeunesse au Moyen-Orient (1978-1984)
(BD)
Dessin et scénario : Riad Sattouf
Editions : Allary
Quatrième de couverture :
Ce livre raconte l’histoire vraie d’un enfant blond et de sa famille dans la Lybie de Kadhafi et la Syrie d’Hafez Al-Assad.

J’ai hésité à faire une chronique de ce livre, tellement j’ai de retard sur l’évènement qu’a été la sortie de cette BD en 2014. J’ai l’impression que tout le monde a déjà lu et s’est déjà fait un avis sur ce roman graphique depuis si longtemps, que ma contribution est décalée et sans intérêt. Toutefois, comme le tome 4 de L’Arabe du Futur vient de sortir, les projecteurs se posent à nouveau sur cette série autobiographique où Riad Sattouf commence par raconter son enfance en Lybie et en Syrie entre 1978 et 1984.

Le livre est instructif dans sa dimension historique, politique et culturelle : c’est un témoignage intéressant qui permet de (re)découvrir la Syrie et la Lybie sous les régimes de Kadhafi et d’Assad, et d’entrer dans les mœurs et traditions des familles pauvres au Moyen-Orient à ce moment là.

Je ne suis pas entrée dans le livre avec plaisir (la curiosité m’a poussée) et je n’ai pas aimé poursuivre ma lecture (même si j’ai été jusqu’au bout) parce qu’elle me plongeait dans un monde où les scènes quotidiennes sont empreintes de violence, de misogynie, d’injustices, de grande misère, de haine parfois. L’image dépeinte par Riad Sattouf est très négative, les gens y sont décrits comme paresseux, arriérés, antisémites. C’est dur.

Ce qui est difficile aussi, c’est le détachement avec lequel toutes ces anecdotes sont racontées : « du point de vue d’un enfant », parait-il. Sans émotion, sans sentiment. C’est très froid, sobre. Comme le dessin et les couleurs en bichromie de la BD. Je me demande si un enfant voit réellement les choses comme cela (ne prend-t-il pas au contraire tout de plein fouet ?), et si ce n’est pas Riad Sattouf adulte qui a besoin de mettre tout ça à distance.

En tous cas, le décalage entre la cruauté décrite et l’inertie des sentiments me met mal à l’aise. Je pense que c’est une des caractéristiques des récits de Riad Sattouf en général : j’ai lu le premier tome des Cahiers d’Esther en 2016, et j’avais déjà refermé le livre avec cette même impression. Pourtant le sujet n’a rien à voir avec les dictatures, la Syrie, ni la Lybie ! Mais je retrouvais déjà cette violence « acceptée » (d’un autre genre), racontée comme une normalité. C’est le regard de Riad Sattouf qui me dérange en fait, quelle que soit la BD, et on le comprend bien quand on sait, maintenant, ce qu’il a vécu dans sa petite enfance.

J’ai parcouru des avis de lecteurs avant de rédiger le mien, et je ne comprends définitivement pas les nombreuses personnes qui ont trouvé l’album « à mourir de rire » avec « un regard magnifique de Riad Sattouf enfant »… Je ne reçois pas cette BD de la même façon. D’où l’intérêt de ma chronique, finalement !

Emi

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