mardi 10 juillet 2018

L'ILE DES JUSTES


Emi 4/5      Yig 4/5

L’île des Justes
(BD)
Dessin : Espé
Scénario : Stéphane Piatzsek
Couleurs : Irène Häfliger
Editions : Glénat

Quatrième de couverture :
Marseille, été 42.
Pour échapper aux rafles, les Cohen tentent de rallier la Corse avant de se rendre en Palestine, terre d’accueil mythique pour les juifs persécutés d’Europe.
Henri Cohen, arrêté par la police française puis déporté, ne vivra jamais son rêve. Suzanne, sa femme, est capturée à son arrivée sur l’île de beauté et séparée de son fils Sacha qui, grâce à l’aide des insulaires, est mis en sécurité.
Réussissant à prendre la fuite, Suzanne retrouve son fils dans le petit village de Canari où un prêtre les recueille. Bienveillant, celui-ci leur permet de trouver un refuge où il les imagine à l’abri. Mais il oublie qu’en Corse aussi, l’ennemi fait sa loi… Seule la solidarité corse transformera le calvaire d’une famile en un chemin d’espérance et de vie.

Ce qui frappe de prime abord, c’est la magnifique couverture de l’album qui donne immédiatement envie d’ouvrir la BD et de se plonger dans cet univers corse, entre l’ocre et le bleu. La lumière et les décors de l’île de Beauté sont parfaitement mis en lumière par Espé et par Irène Häfliger qui ont fait, à deux, un travail graphique remarquable. D’ailleurs, je regrette que le nom de la coloriste ne soit pas mentionné sur la couverture, tellement les couleurs sont importantes dans cet album, et contribuent largement à l’attrait du livre !

Le scénario de Stéphane Piatzsek est saisissant et sonne tellement vrai que je me suis demandé un moment si la BD était une fiction ou un documentaire. La dédicace du scénariste sur la page titre, sème le doute : « A mes grands parents, Suzanne et Henri Cohen » : ce sont les noms des personnages de l’album.

Après ma lecture, j’ai fait mes petites recherches sur ce fameux préfet de Haute-Corse et sur les juifs réfugiés sur l’île pendant la Seconde Guerre Mondiale. Le Préfet Balandier de l’histoire est largement inspiré par le préfet Paul Balley qui a protégé les juifs malgré les instructions du gouvernement. La délivrance de faux passeports turcs est aussi un élément inspiré de faits réels ; ainsi que l’arrestation de juifs en l’absence très ponctuelle du préfet… En réalité, un seul juif a été arrêté, Ignace Schrefer, dans les mêmes conditions.
Il s’agit donc bien d’une fiction, mais nourrie de faits réels piochés dans l’histoire Corse entre 39 et 45 et de la propre histoire familiale du scénariste : la famille Cohen qui tente d’échapper aux rafles.

Pour information, le titre de « Juste parmi les nations » est décerné par un juge de la Cour Suprême d’Israël aux personnes ayant apporté une aide, dans des situations où les juifs étaient impuissants et menacés de mort ou de déportation vers les camps de concentration, et avoir ainsi risqué leur vie, leur sécurité ou leur liberté personnelle, et de l’avoir fait sans rechercher une récompense ou une contrepartie matérielle.

Cette BD a eu le mérite de m’inciter à me documenter sur la position de la Corse pendant dans la Seconde Guerre Mondiale, et m’a donné envie de retourner sur cette île, de me replonger dans ma généalogie, de sillonner à nouveau les rues des petits villages de mes aïeux.

Emi

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