dimanche 14 octobre 2018

LILA - Pommes, poires, abricots


Emi 3/5      Yig 4/5


LILA - Pommes, poires, abricots
(BD)
Dessin : Pauline Roland
Scénario : Séverine De La Croix
Editions : Delcourt


Quatrième de couverture :
« Cher journal,
Aujourd'hui, il m'est arrivé un truc incroyable ! Enfin, ça a dû arriver cet été sur le bateau et là, tout le monde a vu. Enfin, Anthony surtout. Et Cora, elle m'a dit que ouais, ça faisait comme deux boules. C'était trop la honte ! Mais tu te rends compte de ce que ça veut dire ? ! ! »
Pas facile d'avoir les seins qui poussent quand on est la première de sa classe à en avoir ! Heureusement, Lila a de la personnalité et peut compter sur le soutien infaillible de ses deux meilleures amies, Cora et Chaselyn, pour passer ce cap aussi fascinant que mystérieux. Lila, c'est la bande dessinée qui aborde par l'humour les sujets liés à la puberté qui embarrassent tellement les parents.

LILA est une BD pédagogico-ludique qui est conçue comme le journal d’une fille de 8 ans en pleine poussée mammaire, accompagné de fiches documentaires pour expliquer tout ça. Cet album, le premier d’une série, se veut être un livre « passerelle » pour aider les parents à parler de sujets pas évidents à aborder, autour de la puberté. Le dessin de Pauline Roland est agréable et expressif. Les fiches didactiques sont claires et précises : Séverine De La Croix, la scénariste, a aussi suivi des formations de psychologue et sexologue. Elle maitrise le sujet et sait comment en parler.

Les critiques que j’ai pu lire sur différents sites s’arrêtent là. De mon côté, je vais jouer ma rabat-joie, et je vais aller un peu plus loin pour justifier ma note 3/5.

Lila est une pette fille de 8 ans qui globalement est HYPER CONTENTE que ses seins se mettent à pousser précocement. Elle joue à la grande, achète des brassières et le crie sur tous les toits, ne parle que de ça et ne pense qu’à ça. Il faudrait que la terre entière soit au courant de cet évènement d’une importance interplanétaire, et se démène pour que ce soit le cas : elle se pâme dans les vestiaires de son club sportif, se vexe quand son père ne l’a pas remarqué, crâne devant les garçons, rend les copines envieuses. Je trouve cela assez réaliste et bien décrit (même si toutes les filles ne réagissent pas comme ça, loin de là !).

Ce qui est dingue, et qui m’a passablement agacée, c’est que ça marche. Et c’est là que ça devient un peu n’importe quoi : les petits bourgeons mammaires de Lila deviennent réellement le centre d’intérêt de la planète entière. TOUS les élèves ne semblent plus vivre que pour ça (franchement, y’en a pas quelques-uns qui s’en foutent ?), même le prof est décontenancé quand ses copines en parlent en plein cours, le papa perd ses moyens à un point légèrement exagéré (ça frise le ridicule). Je n’avais envie que d’une chose, c’est qu’on la remette un peu à sa place, la petite Lila : faudrait pas que les jeunes lectrices de la BD s’imaginent qu’on devient le centre du monde quand on a deux petites boules sous le tee-shirt.

En plus, les réactions de Lila sont paradoxales : comment nous faire croire qu’elle a HONTE que tout le monde ne parle que de ça, alors qu’elle fait tout pour que ce soit le cas ? Comment le lecteur peut-il vraiment croire que Lila est sincère quand elle dit qu’elle ne veut pas qu’on la regarde à la cantine, puisqu’elle fait tout pour attirer les regards en permanence ? Elle met une brassière pour cacher ses seins (dixit la fiche pédagogique)? Mon œil ! Elle met une brassière pour que tout le monde ne voie que ça. Ça en devient énervant !

Concernant les fiches pédagogiques : je l’ai dit, elles sont bien faites et instructives. Au milieu des 8 pages portant toutes sur les seins, la puberté, le choix des soutien-gorges, etc, on trouve la fiche « Les qualités requises pour devenir astronaute ».
What The Fuck ?

Ça, c’est la page BONNE CONSCIENCE : « une fille ne pense pas seulement à ses nichons, ça peut aussi aimer le rugby et vouloir être astronaute ». Sauf que ça vient un peu comme un cheveu sur la soupe et ça fait vraiment « j’apporte un peu de modernité et d’intelligence » dans le monde futile des nénés et des soutifs colorés.  Bref, ça fait artificiel. Ça sonne faux.

Bon, à part tout ce qui m’a gênée, je suis persuadée que la BD plaira à la majorité des jeunes filles et jeunes garçons curieux (oui, mon fils a beaucoup aimé) et apporte des réponses de qualité à des questions qui peuvent être embarrassantes pour certains.


Emi

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